Environnementjanvier 4, 2021

Fleuves : un transport plus écolo ?

Ils sont au cœur des villes et des campagnes, quasiment inexploités : les fleuves. Des voies d'eau pourtant propices à un transport plus écologique de nos marchandises.

S’il l’on veut réduire nos émissions de Co2, il faut s’attaquer aux transports : ils représentent en effet 24% des émissions mondiales, dont les trois quarts proviennent de la route. On pense bien au train comme alternative, mais rarement aux rivières pour nos colis et denrées.

Pourtant, le transport fluvial a des atouts écologiques incontestables : il émet jusqu’à 5 fois moins de Co2 par tonne transportée qu’un camion et surtout, il engendre moins de particules fines.

À Strasbourg, des colis sur le Rhin

C’est ce qui a donné à Thomas Castan, fondateur de la société Urban Logistic Solutions, l’idée de livrer des marchandises depuis le Rhin, à Strasbourg. La capitale alsacienne fait office de modèle pour le désengorgement des villes : les livraisons de plus de 7,5 tonnes y sont interdites à partir de 10h30 le matin.

La péniche d’Urban Logistic Solutions atteint l’hyper centre en 27 minutes, et peut transporter jusqu’à 122 tonnes de marchandises. « C’est l’équivalent de 150 camionnettes », explique Thomas Castan, convaincu que « cela règle une grande partie de la problématique de la pollution et une très grande partie de la problématique de circulation ».

Arrivé au pied de la cathédrale de Strasbourg, le bateau passe le relais à des vélos électriques, capables de transporter 180 kilos de marchandises, y compris des pavés pour le chantier de la Manufacture des Tabacs, non loin de là. Ils repartent avec les déchets recyclables des commerçants, et la boucle vertueuse est bouclée. Devant le ballet des vélos, le jeune PDG vante les mérites du système qu’il a mis au point : « C’est extrêmement rapide, extrêmement facile, et pas du tout invasif pour les riverains ». Mais aussi duplicable dans d’autres grandes villes construites autour des fleuves comme Paris, Bordeaux ou Lyon, et dans beaucoup de capitales européennes.

Un très vieux mode de transport qui fait son retour 

« La voix d’eau est un très vieux mode de transport, qui a été oublié et qui aujourd’hui renaît dans son intérêt pour la collectivité », estime Dominique Ritz, de VNF, Voies navigables de France, qui gère le réseau. Une évolution récente, manifestement à la hausse : +5% de trafic en 2018, + 10 % en 2019. La pandémie a mis l’année 2020 entre parenthèse, mais la tendance est installée.

Accoudé sur une barrière de l’écluse de Suresnes, en aval de Paris, Dominique Ritz voit le potentiel à exploiter : « Sur la Seine, nous avons 20 millions de tonnes qui transitent aujourd’hui, nous pourrions multiplier le trafic par trois ou quatre, sans modifier nos ouvrages ». Des autoroutes fluviales où il ferait bon se promener, à la condition qu’à l’avenir, les bateaux adoptent un carburant plus écologique que le gasoil. « Les bateaux aujourd’hui sont motorisés pour l’essentiel par des moteurs diesel, donc effectivement, ils émettent des gaz à effet de serre et des particules fines, concède Dominique Ritz. Malgré tout, un moteur de bateau, c’est assez comparable à un moteur de camion. Quand vous prenez un bateau qui fait 4 000 tonnes, il va emporter l’équivalent de 200 camions. Les émissions sont donc extrêmement réduites ».

La nouvelle autoroute du Nord

La création d’une grande autoroute fluviale reliant la France et la Belgique, baptisée canal Seine-Nord Europe, est en projet depuis les années 1990. « Il y a cette urgence écologique de diminuer la pression et la circulation sur les routes et les autoroutes », justifie Pierre-Yves Biet, de la société créée pour construire « le maillon manquant du réseau fluvial français ». Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le futur canal fera 107 km de long pour 60 mètres de large et comptera 6 écluses et 60 ponts, entre Compiègne et Aubencheul-au-Bac, près de Cambrai.

L’ensemble devrait être mis en service en 2028, pour un trafic fluvial multiplié par 4 : jusqu’à 15 millions de tonnes de marchandises chaque année, soit 500 000 à un million de camions en moins sur les routes. Les bateaux seront à l’avenant : de 350 tonnes de marchandises aujourd’hui, à plus de 4 000 tonnes à l’avenir. « Vous voyez bien l’avantage d’un point de vue écologique : la diminution des émissions de CO2 mais aussi du bruit, pour l’ensemble des riverains », conclut Pierre-Yves Biet.

Source : France 24.

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