Emploidécembre 3, 2019

Le transport fluvial porte le plein-emploi

Le secteur, qui compte aujourd’hui 4 000 professionnels en France, est en constante évolution. Le taux d’embauche au terme des formations frôle les 100 %.

LE CHÔMAGE, dans le transport fluvial, on ne connaît pas. Le constat est clair et l’ensemble de la profession s’accorde en une phrase : « Quand on ne trouve pas de travail dans le secteur, c’est qu’on n’en veut pas ». Avec ses 4 000 travailleurs en France, la branche est certes loin de détrôner le ferroviaire et à plus forte raison encore le routier en matière de fret. Mais après la crise des années 1980 qui avait laissé le secteur presque à l’agonie, le fleuve semble à nouveau attirer, les bateaux embauchent et naviguent aujourd’hui à plein. Le secteur compte 1 200 entreprises.

Surtout, « il y a de la place », comme l’indique la toute jeune entité Entreprises fluviales de France (E2F), qui regroupe depuis début novembre l’ensemble des professionnels, à savoir artisans bateliers et industriels. « On pourrait accueillir quatre fois plus de bateaux, indique ainsi une représentante. De plus en plus d’entreprises se tournent vers le fluvial pour le côté green. »

C’est le cas par exemple de Franprix, qui fait approvisionner ses 300 magasins parisiens par la Seine depuis quelques années. D’autres grandes enseignes s’y mettent, comme le géant du mobilier suédois Ikea avec son bateau logistique au départ du port de Gennevilliers (Hauts-de-Seine). Mais il y a encore du chemin à faire « et des mentalités à faire évoluer », explique l’organisme. En nombre de professionnels, les choses avancent piano, compte tenu
de la relative confidentialité de la profession. Mais les perspectives d’évolution – « on peut devenir rapidement son propre patron » – le mode de vie quelque peu atypique et l’évolution des différents métiers du fluvial commencent à attirer un nouveau public.

Des gens venus « de la terre », comme on le dit dans le milieu, qui se réorientent ou souhaitent simplement changer de vie. Or à cela, le développement des croisières fluviales n’y est pas étranger.

« On a longtemps été sur le fleuve de père en fils mais les choses changent et beaucoup de jeunes commencent aujourd’hui par le transport de passagers », confirme E2F. Et l’activité est en plein boom, avec des compagnies étrangères qui ont depuis quelques années exploité le filon. « La croisière fluviale se développe tandis que la croisière maritime stagne, remarque-t-on chez Entreprises fluviales de France. Certains jeunes restent, d’autres vont chez les armateurs ou créent leur entreprise de batellerie artisanale.

Un « métier complet »

Pour se lancer, il faut commencer par débourser. Acheter un bateau n’est évidemment pas un geste anodin. Comptez ainsi 100 000 € pour une petite péniche d’occasion à… 4 M€ pour les plus grands bateaux. « Il faut évidemment savoir convaincre les banques, précise-t-on chez EF2F. Mais il y a des marges à faire et moyen de bien gagner sa vie. C’est comme dans toute entreprise, tout dépend de la cadence de travail. C’est un métier complet. On s’occupe à la fois du pilotage, de la gestion, de la maintenance. » Pascal Rottiers, la cinquantaine, s’est lancé lui, il y a douze ans, après vingt années dans l’informatique puis dans l’immobilier. « J’avais envie de changement. La crise la quarantaine peut-être. Je voulais construire quelque chose », raconte-t-il. Après s’être formé durant deux ans, il achète son premier bateau pour 500 000 €.

Attention tout de même, ce métier n’est pas un long fleuve tranquille, Pascal Rottiers, Batelier.

« J’en avais 80 en poche », s’amuse-t-il. Suite à des débuts délicats, l’entreprise décolle finalement au bout de deux ans. Il y a un an, l’artisan a acquis son deuxième bateau. Il embauche aujourd’hui cinq salariés « avec un excédent
brut de 8 à 12 % ». Le professionnel l’assure : « on peut réussir à bien gagner sa vie ». Un membre d’équipage touche en début de carrière un salaire de l’ordre de 1 400 € par mois quand un capitaine peut voir ses émoluments varier de 3 000 € à 4 000 €.

« Attention tout de même, prévient le batelier. Ce métier est un sacerdoce. Ce n’est pas un long fleuve tranquille. Avoir une vie itinérante n’est pas évident. Certains déchantent ». Mais lui aussi l’affirme, l’activité est assurée « pour
ceux qui en veulent ». Et les perspectives plutôt dégagées, grâce notamment au Grand Paris et aux Jeux olympiques de 2024. « Quand le bâtiment va, le transport fluvial va », conclut-il.

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